Guide d’intervention – agir rapidement en cas de crise chez les collaborateurs
Comment un guide d'intervention aide les cadres à réagir rapidement face à des changements inquiétants (p. ex. des problèmes psychiques) chez les collaborateurs, à trouver ensemble des solutions et, si nécessaire, à gérer le processus de licenciement de manière professionnelle.
L’exemple pratique en bref
Problème
Le service du personnel et les cadres de la commune de Herisau ne disposaient pas d’une procédure claire pour agir et accompagner rapidement les collaborateurs présentant des troubles psychiques ou des changements de comportement. Cela a conduit à des conflits «traînants» et à un surmenage.
Dans un cas concret, le comportement inhabituel d’un collaborateur a certes été remarqué, mais n’a pas été abordé, faute de directives et d’outils clairs. Les responsables ne savaient pas comment intervenir et se sentaient livrés à eux-mêmes. Conséquences : baisse des performances du collaborateur, conflit au sein de l’équipe, puis arrêt de travail prolongé.
Sulution
Un guide d’intervention comprenant des procédures claires et des documents complémentaires a été élaboré et mis en place afin, par exemple, d’aborder à un stade précoce les problèmes psychiques ou autres et de trouver ensemble des solutions.
Le nouveau guide d’intervention visait à clarifier « ce qui s’applique » et quelles sont les attentes en matière de coopération de la part des collaborateurs concernés. L’objectif était également de pouvoir aborder les problèmes plus ouvertement et de trouver des solutions compatibles avec le travail.
Avantages
Le nouveau guide d’intervention garantit des procédures claires et transparentes et assure la sécurité juridique dans les situations complexes.
Les avantages se manifestent à plusieurs niveaux :
- Pour la direction : des rôles et des tâches clairement définis garantissent la sécurité dans l’action.
- Pour les collaborateurs : un dialogue ouvert permet d’aborder les problèmes à un stade précoce, ce qui améliore la capacité de travail et la satisfaction.
- Pour la commune : la réduction des absences de longue durée diminue les coûts et les primes journalières ; une procédure définie en cas de licenciement garantit une sécurité juridique.
À propos de la commune d’Herisau
La commune de Herisau est située dans le canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures et, avec ses 15 763 habitants, est la plus grande commune du canton. Elle fait partie du district de l’Hinterland et constitue ainsi un pôle régional. Elle fournit un large éventail de services publics et emploie environ 490 collaborateurs, dont quelque 220 enseignants. Son administration est divisée en plusieurs départements. Elle mène une politique du personnel moderne et socialement responsable et offre des possibilités d’emploi variées.
Contact :
Commune Herisau
Poststrasse 6
Postfach 1160
9102 Herisau
Courriel info@herisau.ar.ch
Site Internet www.herisau.ch
Membre de:

La clarté apportée par ce guide est très utile pour nos collaborateurs. Il agit comme une sorte d’assurance : ceux qui abordent ouvertement leurs problèmes psychiques, coopèrent et fournissent leur prestation n’ont rien à craindre, mais bénéficient au contraire d’un soutien.
Mise en œuvre concrète
Mise en place
- Durée du développement : environ 6 mois, du développement, du projet pilote et de l’évaluation jusqu’à la formation
- Ressources en temps : spécialiste GSE à 30 % ; service du personnel impliqué de manière sporadique
- Coûts : principalement liés au temps de travail du spécialiste GSE et du service du personnel
De nombreuses entreprises connaissent cette situation : un collaborateur ou une collaboratrice adopte soudainement un comportement inhabituel. Cela peut se traduire par un repli sur soi, une négligence de l’hygiène corporelle, une agitation, des fluctuations de performance ou des absences fréquentes au travail.
Dans de tels cas, les entreprises, et en particulier les cadres, sont tenues de réagir le plus tôt possible. Pour bien gérer ces situations, il est important de disposer de processus clairs et d’outils de gestion efficaces. Dans la commune de Herisau, un guide d’intervention complet a été élaboré et mis en place à cet effet.
Préparation – Réalisation de l’analyse de la situation actuelle
Dans le cadre de la mise en place d’un système de gestion systématique de la santé en entreprise (ou GSE), la commune a engagé un spécialiste en GSE. Sa mission consistait à mettre en place le système de GSE tout en mettant en œuvre des mesures à effet immédiat. L’élaboration du guide d’intervention devait constituer la première mesure prise par le spécialiste GSE afin d’obtenir un effet immédiat. Afin d’avoir une vue d’ensemble des processus existants en matière d’intervention, il a tout d’abord procédé à une analyse :
- Entretien avec un cadre qui a fait état d’un problème actuel.
- Prise de contact avec le service des ressources humaines afin de déterminer quel soutien est proposé aux cadres.
- Résultat : il n’existait aucun outil permettant de traiter le problème, et celui-ci n’avait pas encore été abordé.
Élaboration et mise en place du guide d’intervention avec les documents d’accompagnement
Sur la base des besoins identifiés et des processus existants, le spécialiste en gestion de la santé en entreprise a élaboré le guide d’intervention, en s’appuyant sur des exemples de bonnes pratiques.
Le guide décrit étape par étape (sous forme d’organigrammes) la manière dont les cadres et le service des ressources humaines doivent procéder en cas de changements ou de détérioration des performances ou du comportement des collaborateurs. Le processus d’intervention a été structuré en quatre phases (voir illustration ci-dessous) :

Le guide d’intervention détaille pour chacune des quatre phases les rôles, les tâches, les contenus ainsi que les documents correspondants. Vous trouverez ci-dessous un bref aperçu de la structure et du déroulement d’une intervention en cas de problèmes de comportement chez les collaborateurs. Le guide d’intervention complet est disponible en téléchargement ci-dessous.
Phase de sensibilisation
Objectif de la phase : Détection précoce des comportements inhabituels observés à plusieurs reprises , et mobilisation de la responsabilité personnelle des collaborateurs concernés.
Responsabilité du processus : les cadres assument la responsabilité de cette phase.
Entretien : lorsque des comportements inhabituels se produisent à plusieurs reprises, les cadres s’adressent directement aux collaborateurs concernés.
Définir des objectifs et proposer des mesures d’accompagnement : ensemble, on définit des objectifs concrets et on propose des premières mesures d’accompagnement. Par ailleurs, le service des ressources humaines et le spécialiste en gestion de la santé en entreprise peuvent être sollicités pour des conseils.
Observation et documentation : au cours des semaines suivantes, les responsables vérifient si la personne reprend ses responsabilités et si son niveau de performance habituel est rétabli. Deux formulaires ont été élaborés pour les observations et le déroulement des entretiens : (1) le « journal d’observation » pour les notes d’observation courantes et succinctes et (2) le « compte rendu des entretien » pour la documentation détaillée des entretiens et des progrès. Ces deux documents sont disponibles en téléchargement ci-dessous.

Phase de changement
Objectif de la phase : rechercher un soutien professionnel adapté dans le but de traiter la problématique à l’origine du problème avec une aide professionnelle externe, ainsi que d’améliorer les performances, de favoriser un comportement approprié et de stabiliser la santé.
Responsabilité du processus : au cours de cette phase, le service du personnel prend en charge la gestion du processus en concertation avec le supérieur hiérarchique, car aucune amélioration notable n’a été constatée après la phase de sensibilisation.
Fixer un délai clair : les collaborateurs concernés se voient fixer un délai contraignant dans lequel ils doivent solliciter une aide professionnelle (p. ex. médecin, centre de consultation, psychologue). À cette fin, la commune propose un programme de coaching (environ 10 séances de 60 minutes, les frais sont pris en charge par la commune). Un document de coaching a été établi afin de consigner les objectifs convenus. Le document « Accord de coaching » est disponible en téléchargement ci-dessous.
Phase de traitement (sous-processus de la phase de changement)
Objectif de la phase : amélioration de la santé et des performances ainsi que maintien de la capacité de travail
Responsable du processus : service du personnel
Mise en place d’un accompagnement professionnel : dans l’idéal, le collaborateur suit désormais un traitement (par exemple médical, thérapeutique ou de coaching).
Description du poste à l’intention des services spécialisés : afin que le professionnel compétent chargé du collaborateur concerné (par exemple, médecin, psychologue, centre de réadaptation ou de conseil) puisse évaluer sa capacité de travail et recommander des mesures de réinsertion appropriées, un document complet intitulé « Profil de poste pour le médecin » a été élaboré. Ce document répertorie toutes les exigences professionnelles pertinentes et les conditions générales de l’activité du collaborateur concerné. Le supérieur hiérarchique remplit le document (téléchargement ci-dessous) avec le collaborateur concerné et le remet au spécialiste traitant.
Levée partielle du secret professionnel : les collaborateurs concernés sont en outre invités à signer la « levée partielle du secret professionnel » et . Celle-ci permet un échange d’informations limité et ciblé entre le service du personnel de la commune d’ , le service spécialisé en charge du traitement et les collaborateurs. Le document a été élaboré à cet effet (téléchargement ci-dessous).
Entretiens réguliers sur l’évolution : des réunions entre le responsable hiérarchique, le service du personnel et les collaborateurs concernés ont lieu à intervalles réguliers. L’objectif est de documenter l’évolution du traitement et de procéder à des ajustements si nécessaire. Pour la documentation, on utilise les mêmes documents que lors de la phase de sensibilisation : le journal d’observation et le protocole d’évolution.
Phase d’intervention
Objectif : dernière chance d’apporter une amélioration durable
Responsabilité du processus : service du personnel
Menace de licenciement : si, malgré le soutien apporté jusqu’à présent, aucune amélioration n’a été constatée, s’il n’y a pas de collaboration avec les services compétents ou si les collaborateurs concernés continuent de ne pas assumer leurs responsabilités, le service des ressources humaines entame la phase de mesures. Au cours de cette phase, le collaborateur ou la collaboratrice reçoit une menace de licenciement, mais se voit également accorder une dernière chance d’améliorer son comportement ou ses performances.
Phase de licenciement
Objectif : résiliation du contrat de travail
Responsable du processus : service des ressources humaines
Licenciement : au cours de cette phase, la relation de travail est définitivement résiliée, car aucune amélioration n’a été constatée malgré toutes les interventions précédentes. Le service des ressources humaines engage formellement la procédure de licenciement et veille au bon déroulement de la départ.
Le guide d’intervention a été coordonné avec le service du personnel. À cette occasion, les processus RH tels que les procédures de licenciement et le droit d’être entendu ont également été adaptés afin de garantir la cohérence avec les directives RH de la commune.
Essai pilote et adaptations
Avant d’être officiellement introduit, le guide d’intervention a déjà été utilisé dans un cas concret issu du quotidien professionnel et a fourni des enseignements précieux pour sa mise en œuvre. Le test pratique a montré que le guide est applicable pour toutes les parties concernées. Les retours des cadres et du service du personnel ont été pris en compte et ont donné lieu à des améliorations. Cela a donné lieu à la création d’un document supplémentaire sur l’« examen par un médecin-conseil ». Celui-ci permet d’obtenir un deuxième avis neutre en cas de divergences d’appréciation ou de conflits entre la commune en tant qu’employeur, les collaborateurs en incapacité de travail et les services spécialisés chargés du suivi. Ce document est disponible en téléchargement ci-dessous.
Communication et formation des cadres et des collaborateurs
- Cadres : dans un premier temps, les cadres ont été informés par e-mail du contenu et du déroulement de l’intervention. Par la suite, tous les cadres ont participé à des formations obligatoires au cours desquelles ils ont pris connaissance du guide d’intervention détaillé et se sont familiarisés avec les documents qui l’accompagnent . De plus, tous les cadres ont participé à une formation interne à la communication, animée par un comédien externe.
- Collaborateurs : les collaborateurs ont reçu ces informations indirectement, par l’intermédiaire de leurs supérieurs hiérarchiques. De plus, tous les documents pertinents sont disponibles sur l’intranet, ce qui permet aux collaborateurs d’y accéder si nécessaire.
Déclaration de principe de la commune
Par la suite, le conseil communal a publié sur l’intranet une déclaration de principe claire concernant les problèmes psychiques au travail. Celle-ci stipule : « Nous abordons les collaborateurs confrontés à des problèmes psychiques avec ouverture d’esprit et estime, en adoptant une attitude claire et en leur proposant des solutions. »
Le test pratique a été décisif : nous avons mis le guide en pratique à l’aide d’un exemple, et le cadre concerné a rapidement créé une bonne ambiance en abordant le sujet. Pour moi, il est presque devenu une sorte d’ambassadeur.
Le véritable défi consiste à convaincre tous les cadres de l’importance d’un guide sur et et à les motiver à aborder également les conflits «en suspens». Pour cela , il faut une conception commune du leadership qui serve de base et garantisse que nous agissons tous dans la même direction.
Arguments :
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1Des études montrent que les formations en management renforcent la capacité à reconnaître les souffrances psychologiques et à soutenir les collaborateurs. Un guide d’intervention s’inscrit dans cette démarche en permettant aux cadres de percevoir les signaux d’alerte précoces et d’agir de manière structurée avant que les problèmes ne s’aggravent.Gayed, A., Milligan-Saville, J. S., Nicholas, J., Bryan, B. T., LaMontagne, A. D., Milner, A. et al. (2018). Effectiveness of training workplace managers to understand and support the mental health needs of employees: a systematic review and meta-analysis. Occupational and Environmental Medicine, 75(6), 462–470. https://doi.org/10.1136/oemed-2017-104789
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2Les lignes directrices élaborées à l’intention des superviseurs aident à détecter précocement les signes de stress, à aborder les problèmes et à mettre en place des mesures appropriées de manière structurée, dans le but de préserver la capacité de travail à titre préventif.van Hees, S. G. M., Carlier, B. E., Blonk, R. W. B. & Oomens, S. (2022). Strengthening supervisor support for employees with common mental health problems: developing a workplace intervention using intervention mapping. BMC Public Health, 22(1), 1146. https://doi.org/10.1186/s12889-022-13545-7